Campagnes contre les risques sanitaires du bisphénol A
Campagne contre les risques sanitaires du bisphénol A
Tout juste lancé, le Réseau Environnement Santé (RES)* a mené récemment une première campagne d'alerte sur les risques sanitaires liés au bisphénol A (BPA). Ce composé chimique est présent dans les biberons, les conserves et les plastiques alimentaires. Étudiéà l'origine comme un œstrogène de synthèse pouvant compenser lesdéficits d'hormone féminine, le bisphénol A est considéré par de nombreuxscientifiques comme un perturbateur endocrinien, à l'instar desphtalates et des pesticides. Il aurait selon plusieurs études les mêmes effets potentiellement toxiques, notamment sur le fœtus et les jeunes enfants. Des tests ont en effet montré qu'une exposition fœtale au BPA chez la souris perturbe le développement neuronal et celui des glandes mammaires, perturbations pouvant être à l'origine du cancer du sein.
En janvier dernier, une équipe de chercheurs de l'Université de Rochester à New-York (Etats-Unis) a établi que l'ingestion ne serait pas le seul mode de contamination au bisphénol A. Le composé serait également présent dans les poussières ou dans l'eau du robinet. Ce qui expliquerait la présence de bisphénol A dans le sang de plus de 90% des Américains. Plus largement, des scientifiques américains regroupés dans l'appel de Chapel Hill, estiment que le BPA jouerait un rôle dans plusieurs grandes maladies actuelles : cancer du sein, cancer de la prostate, diabète, obésité, atteinte de la reproduction, problèmes neuro-comportementaux, maladies cardio-vasculaires... Ces experts soulignent que Ces effets [...] sont irréversibles et peuvent se produire suite à une exposition à faible dose, lors de périodes sensibles durant le développement, même si des BPA ne peuvent être détectés lorsque le dommage ou la maladie s'exprime.
Les conclusions du Programme de toxicologie nationale des Etats-Unis confirment leur analyse : certaines inquiétudes concernant les effets sur le système nerveux, le comportement, la prostate et les glandes mammaires, peut-on lire dans son rapport. Or, le BPA est largement utilisé dans des produits quotidiens : peintures et colles, contenants alimentaires ou bouteilles rigides, biberons en plastique, boites de conserves et canettes. C'est sa capacité à migrer hors du plastique qui inquiète les scientifiques.
Selon une étude scientifique du professeur Belcher à Cincinnati (Etats-Unis), datée de janvier 2008, la consommation d'aliments ayant été en contact avec du BPA est la principale cause de contamination de la population. Pire encore : l'exposition à une forte chaleur favoriserait cette migration.
Interdiction au Canada
Ce constat a conduit le gouvernement canadien à interdire les biberons contenant du BPA. Chauffés au micro-ondes, ils comportent en effet un risque plus élevé de contamination. Certains fabricants ont d'ailleurs pris les devants et proposent des gammes de biberons sans BPA : les fabricants du biberon B.free®, utilisent un nouveau plastique totalement exempt, comme son nom l'indique, de Bisphénol A.
Aux Etats-Unis, un communiqué daté du 5 mars indique que Les six plus gros fabricants (Avent, Disney First Years, Gerber, Dr. Brown, Plaxtex et Evenflow) américains de biberons vont cesser de vendre aux Etats-Unis des produits contenant du bisphénol-A.
En Europe, la question n'est pas encore connue du grand public, mais commence à faire parler d'elle. L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a défini pour l'instant une dose journalière admissible (DJA) de BPA ingéré, de l'ordre de 0,05 mg par kg et par jour. L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) s'est alignée sur ces conclusions, précisant que lorsque le contenu des biberons en polycarbonate est chauffé via un traitement au four à micro-ondes en conditions réalistes (durée de chauffage inférieure à 10 minutes), les quantités de bisphénol A transférable à l'aliment sont très faibles et restent très inférieures à la valeur maximale de migration retenue par l'AESA pour son calcul d'exposition.
Le Réseau Environnement Santé, qui conteste la position de l'EFSA, lance une campagne d'alerte et demande aux eurodéputés français de signer une pétition d'interdiction du BPA dans les biberons et les plastiques alimentaires. Il lance également un « Guide du consommateur » ainsi qu'une campagne de biomonitoring (mesures dans les urines) auprès des femmes enceintes. Au plan réglementaire, ces ONG estiment que le BPA doit être retenu comme substance prioritaire dans le programme européen REACH d'évaluations des substances chimiques les plus préoccupantes.
Interdiction dans les crèches de la ville de Paris
Au nom du principe de précaution, la Ville de Paris a pris fin avril la décision de ne plus acheter de biberons avec du bisphénol A (BPA) pour ses crèches qui en utilisent 35 000 aujourd'hui.
* Le RES a été lancé sous l'égide de l'Alliance pour la Planète et notammentle WWF, Fondation Sciences Citoyennes, MDRGF, Fac Verte, Objectif Bioet Nord Ecologie Conseil. Des associations de professionnels de santé,de malades et de victimes en font également partie : la CNMSE(Coordination Nationale Médicale Santé Environnement), le C2DS (Comitépour le Développement Durable en Santé) et SOS MCS (Association desPersonnes atteintes du Syndrome d'Hypersensibilité Chimique Multiple).
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