"L’homme et l’avenir de la planète"
Avec le développement industriel, nos réserves énergétiques ne risquent-elles pas de s'épuiser ? La biodiversité sera-t-elle menacée par ces mêmes activités ? Quelles incidences ont-elles sur le climat ? Telles ont été les grandes questions abordées au cours de 4 tables rondes intitulées respectivement : Energie, climat, biodiversité et urbanisation.
ÉNERGIE
- Etienne Klein, Physicien au Commissariat à l'Energie Atomique et Professeur à l'Ecole Centrale de Paris.
NOUS VIVONS DANS UN MONDE FINI
Peu à peu nous avons pris conscience que le monde dans lequel nous vivons, n'est pas infini. L'Homme consomme les ressources plus vite qu'elles ne se régénèrent. De grandes ruptures sont donc prévisibles. De plus l'activité humaine a un impact sur son environnement et notamment le climat par l'émission croissante de gaz à effets de serre.
Par exemple, le pétrole bon marché va disparaître dans quelques décennies. Une disparition qui constituera un choc de grande ampleur pour deux raisons. La principale est que nous ne montrons guère d'empressement à économiser cette forme d'énergie qui représente près de 40 % de l'énergie consommée dans le monde.
D'ailleurs la seule question importante est : « comment pourrions-nous nous en passer ? ».
Il est d'autant plus compliqué de répondre à cette question qu'elle touche un nombre important de domaines : politique, économique, géostratégique, social...
- Yves Chauvin, Prix Nobel de Chimie 2005.
NOUS AVONS LE TEMPS
Il faut se méfier des prévisions car nous avons le temps de modifier notre mode de vie. À nous de réduire nos consommations et de préserver les réserves existantes notamment de pétrole.
Le transport est un véritable défi. Il est essentiellement fondé sur le pétrole et donc très consommateurs de ressource fossile. Une des solutions pourrait venir des véhicules hybrides dont on serait capable de recharger les batteries beaucoup plus facilement. Ce qui permettrait d'économiser le pétrole.
2 enjeux majeurs
Réduire les gaz à effets de serre : les énergies fossiles les plus productrices de gaz à effets de serre représentent 80 % de notre consommation d'énergie.
Prendre en compte la raréfaction des réserves ñ mieux les utiliser et les préserver grâce notamment aux énergies renouvelables.
- Christian NGÔ, Directeur scientifique au CEA.
LE FUTUR : LA VOITURE HYBRIDE RECHARGEABLE.
Christian NGÖ est en désaccord avec le précédent interlocuteur, Yves Chauvin. Lui pense que les réserves d'énergie et les ressources naturelles se raréfient et que leur prix va augmenter.
Il existe des solutions dont les deux principales à ses yeux sont :
Récupérer l'énergie perdue à créer de l'énergie, notamment la chaleur générée par cette transformation et développer les voitures hybrides.
- Pierre Delaporte, Président d'honneur d'EDF.
Améliorer l'efficacité énergétique.
« L'énergie qui ne pollue pas est celle que l'on ne consomme pas » rappelle Pierre Delaporte. Mais attention tout de même au coût de cette non consommation d'énergie qui parfois est très onéreuse : l'énergie économisée peut être plus chère que l'énergie consommée.
2 enjeux majeurs : réduction des gaz à effets de serre et sobriété énergétique.
Le levier principal est mis en avant par cette donnée : 60% de l'énergie utilisée est perdue. Nous devons jouer sur une plus grande efficacité énergétique.
De ce point de vue, doit-on suivre la politique énergétique favorisant la Recherche-Développement ou doit-on privilégier l'approche européenne favorisant l'incitation, l'information et une approche plus juridique ?
Ce sera la question de conclusion de l'exposé de Pierre Delaporte.
- Hervé Jamar, Secrétaire d'état adjoint au Ministère des Finances Belge.
Homogénéité et cohérence des mesures au niveau européen.
Hervé Jamar se place du côté politique du problème énergétique. Par quelques exemples concrets issus de son expérience, il souligne deux points forts : nous devons réagir et nous devons être cohérents.
Le monde politique doit réagir et établir une politique de l'Energie véritablement cohérente, notamment au niveau européen. Cette cohérence est un véritable enjeu que doit relever l'Europe dans le domaine de l'énergie. De nombreuses actions n'apportent pas les fruits espérés ou ont des effets de bord indésirables.
Il ne faut pas hésiter à mettre en place des solutions qui peuvent sembler impopulaires pour envoyer un signal fort à l'ensemble de la population.
Enfin, il faut trouver des solutions sur le long terme, et pas seulement des solutions d'urgence.
- Mme Claude Nahon, Directrice de l'environnement et du développement durable au sein de EDF.
AGIR VITE POUR LE LONG TERME.
Madame Nahon revient sur la notion d'accessiblité à l'énergie. Sa volonté est de considérer le problème au niveau mondial.
L'accessibilité à l'énergie se pose partout dans le monde. 1,6 milliard d'hommes n'ont pas accès à l'énergie.
De plus, faire des progrès ici, c'est bien, mais il faut aider les pays en voie de développement sinon, nous ne faisons que repousser le problème. Ce n'est pas en délocalisant des usines qui consomment trop ou qui polluent que nous allons résoudre le problème. Nous ne faisons alors que délocaliser le problème.
Il faut développer l'efficacité énergétique et la maîtrise de l'énergie aussi bien en terme de consommation que de production. De plus il faut encourager les moyens de production des énergies sans carbone pour réduire l'impact carbone de nos consommations.
Il faut de même développer les énergies renouvelables, notamment le solaire, en appui des énergies traditionnelles, utiliser toute la palette de solutions que nous avons à notre disposition. Il n'y a pas une solution mais des solutions à mettre en complémentarité.
Il faut accroître la Recherche-Développement pour trouver des outils sur le long terme.
Mais bien entendu, il est nécessaire qu'il y ait une cohérence européenne et mondiale. Le problème des gaz à effets de serre est planétaire et doit par conséquent être traité comme tel au niveau mondial.
Nous devons agir très vite et sur le long terme !
- Jean-Louis Etienne, Explorateur.
PEDAGOGIE ET INFORMATION.
Jean-Louis Etienne est revenu sur quelques points clef entendus ce matin-là en terminant par quelques questions :
Il faut mobiliser la population. Mais est-ce possible sans un véritable choc ?
Et l'Homme est-il l'avenir de la planète ?
LE CLIMAT
- Philippe Kourilsky, Professeur au Collège de France, Membre de l'Académie des Sciences, Directeur Général honoraire de l'Institut Pasteur.
EST-IL TROP TARD ?
Demain, le réchauffement de la planète va se poursuivre et s'accélérer. Les activités humaines ont déréglé l'équilibre naturel. Si la menace pèse plus sur nos descendants que sur nous-mêmes, c'est aujourd'hui qu'il faut agir car le système climatique a une très grande inertie.
Une urgence que les acteurs ne veulent pas toujours admettre, les intérêts économiques et politiques en jeu étant énormes.
Pourtant il est essentiel d'inscrire les scénarios apportant des solutions dans un cadre économiquement acceptable et dans le respect à la fois d'une certaine équité et des différences. Il faut en particulier distinguer la situation des pays émergents de celle des pays développés, de même qu'il faut impliquer tous les acteurs, non seulement l'Etat mais aussi les entreprises.
- Jean Jouzel, Directeur de l'IPSL de Versailles.
EFFORTS MAINTENANT ET DANS L'AVENIR
Jean Jouzel confirme les propos de Philippe Kourilsky sur l'augmentation de l'effet de serre. Le défi est maintenant de stabiliser l'effet de serre c'est-à-dire de stabiliser l'émission des gaz à effets de serre.
Il lui semble clair que nous devons diminuer les émissions bien au-delà de ce que nous prévoyons de faire aujourd'hui ou dans un futur proche.
« On ne peut pas échapper au réchauffement de notre planète, le défi qui se présente est de le maîtriser ».
- Claude Lorius, Directeur de recherche émérite en glaciologie et géophysique de l'environnement.
NE PAS OUBLIER LA RECHERCHE FONDAMENTALE.
Le soleil est un facteur important des changements climatiques qui sont en train de s'opérer et cela depuis longtemps. Mais les activités humaines sont également un des acteurs de ces changements. Notamment par l'émission de gaz à effets de serre.
C'est un fait récent, mais la corrélation climat-gaz à effets de serre est désormais établie.
La Recherche-Développement est importante mais il ne faut surtout pas oublier la Recherche Fondamentale qui peut ouvrir de nouvelles opportunités quant aux solutions à apporter.
- Pierre-Etienne Bish, Président de Météo France.
CLIMATOLOGIE, UN ENJEU ESSENTIEL.
Nous avons la confirmation de ce que les analystes affirment : le changement climatique est prouvé. Prudence néanmoins sur les phénomènes extrêmes comme les cyclones pour lesquels il n'est pas établi qu'ils sont plus nombreux qu'auparavant.
La collaboration internationale est primordiale mais pour agir il faut mettre à disposition des acteurs, politiques et scientifiques des éléments rationnels et fiables.
- Marie-Lise Chanin, Directrice de recherche émérite au CNRS.
PROTEGER LA STRATOSPHERE.
Marie Lise Chanin nous fait un rappel historique sur l'atmosphère, la couche d'ozone et la stratosphère.
Elle insiste sur le fait que le CO2 n'est pas le seul gaz à effets de serre. Bien sûr c'est le plus dangereux de par son volume et sa persistance mais il ne faut pas oublier l'oxyde d'azote, le méthane et les autres.
L'inertie du système est très importante. Il a fallu attendre 20 ans après le début des actions et les premiers effets d'une réduction du trou de la couche d'ozone.
Mais attention au remplacement de produits dits nocifs par d'autres dont on ne connaît pas certains effet, à eux seuls ou combinés à d'autres gaz, qui se sont avérés beaucoup plus dangereux. Certains ne se sont pas révélés nuisibles sur le sol mais par contre extrêmement nocifs dans l'atmosphère et surtout dans la stratosphère.
- Michèle Pappalardo, Présidente de l'ADEME.
NECESSITE D'AGIR GLOBALEMENT.
Le changement climatique lié aux activités humaines est clairement établi. Néanmoins il n'y a aucune certitude quant aux conséquences de chacune de nos actions. C'est la principale difficulté pour une réelle prise de conscience de la population.
On sait ce qu'il faut faire (baisse des émissions des GES et pas seulement du Co2, réalisation de bâtiments à énergie positives), des solutions sont à notre disposition. Cependant pour une action efficace, il est nécessaire de mobiliser tous les acteurs : entreprises, Etat, collectivités locales...
Et surtout, il faut convaincre sans culpabiliser et expliquer ce que chacun d'entre nous peut faire. Il faut établir une politique systématisée d'explications.
- Jordi Pujol I Soley, Ancien Président du gouvernement autonome de Catalogne.
UNE SEULE DÉCISION A PRENDRE : QUELLE SOURCE D'ENERGIE POUR DEMAIN ?
L'influence et la responsabilité importante des activités humaines en plus des activités naturelles sur le réchauffement sont aujourd'hui prouvées. C'est sur cela que nous devons agir.
Nous avons la volonté de ne pas sacrifier notre niveau de vie, or notre société est fondée sur l'énergie. Comment résoudre cette contradiction ?
Nous devons mener des actions à longue échéance par une politique active d'investissements. Les énergies renouvelables ne seront pas suffisantes !
Nous devons mener également des actions sur le court terme et faire un choix quant à la politique énergétique à suivre.
Il faut prendre rapidement des décisions.
Il n'y a pas de solution miracle et il faut utiliser tous les moyens à notre disposition !
LA BIODIVERSITE
- Jean-Didier Vincent, Directeur honoraire de l'Institut de neurobiologie Alfred-Fessard - CNRS, Membre de l'Académie National de Médecine.
FAUT-IL CRAINDRE POUR LA DIVERSITE DU VIVANT ?
En 1992 à Rio, le Sommet de la Terre consacrait les termes de biosphère et de biodiversité. La biosphère devenait la préoccupation des gouvernements qui s'engageaient également à préserver la biodiversité, c'est-à-dire la diversité des espèces qui peuplent la terre. La réalité est là mais la menace pour l'espèce humaine est-elle réelle ? À quoi sert la biodiversité ? Autant de questions qui doivent être abordées sans catastrophisme excessif mais sans optimisme irresponsable non plus.
- Hervé Le Guyader ê Professeur en biologie évolutive à Paris VI
DIFFICILE DE DEFINIR LA BIODIVERSITE.
La difficulté est de définir la biodiversité. Pourtant c'est une expression qui est passée aujourd'hui dans le langage courant.
Une définition est possible à 3 niveaux :
- Ensemble des espèces présentes sur le globe
- Ensemble des écosystèmes à travers le globe
- Ensemble des gènes trouvés dans les génomes des espèces.
La description de la biodiversité doit être spatio-temporelle.
Et bien sûr il y a une grande corrélation entre la géographie, la biologie et la géologie.
- Bernard Chevassus au Louis, Président du Muséum d'Histoire Naturelle.
PEUT-ON SE PASSER DE LA BIODIVERSITE ?
On en a eu l'impression pendant une période avec la généralisation de la monoculture, l'arrivée des matières synthétiques ou des médicaments de synthèse.
Mais c'est une période qui s'est construite sur les « acquis de la biodiversité » et la nature a continuée à s'adapter.
Nous nous inspirons énormément de la biodiversité dans un nombre important de domaines aussi bien militaires que sportifs.
La biodiversité est utile partout à condition de la laisser dans l'état où nous l'avons trouvée. Il est nécessaire de la conserver et de continuer à la laisser se développer.
- Yvon Le Maho, Directeur de recherche en écologie et physiologie énergétique au CNRS.
LA BIODIVERSITÉ : UN ENJEU MONDIAL
Il faut 1 million d'années à une espèce pour se développer. Et elle sera sûrement unique dans sa capacité à s'adapter à son milieu naturel. Prenez l'exemple de l'ours dont la masse musculaire ne bouge pas malgré une hibernation prolongée, ou celui du manchot empereur qui peut garder la nourriture « fraîche » dans son estomac pendant des semaines pour la régurgiter à ses petits.
La biodiversité est une source inépuisable et essentielle d'inspiration pour la recherche.
Nous devons promouvoir la recherche sur la biodiversité qui connaît les crédits les plus bas du secteur de la recherche.
Attention, les enjeux de la biodiversité et les enjeux sur le climat ou sur l'énergie sont les mêmes : un seul mot d'ordre, l'interaction.
De plus il faut intégrer la biodiversité dans la stratégie même des entreprises. Les matières premières proviennent d'organismes vivants, les produits vendus relèvent du vivant et les profits par conséquent relèvent aussi du vivant !
Le défi : conserver la biodiversité c'est conserver une capacité spécifique qui s'inscrit dans un développement durable. La biodiversité est un bien commun que nous devons protéger mais aussi faire évoluer.
URBANISATION
L'Homme apparaît comme la seule espèce qui n'ait pas un milieu naturel auquel il soit subordonné. L'Homme et seulement l'Homme se créé des milieux. Des milieux qu'il soumet à sa volonté. C'est ainsi qu'il a pu occuper toute la planète et sans cesse diversifier ses modes de vie.
Aujourd'hui, plusieurs questions se posent. Quel sera l'impact des mégalopoles sur la planète ? Comment allons-nous vivre avec bientôt 50 mégalopoles (notamment en matière de logements, d'accès et de consommation de l'énergie, et de protection de l'environnement) ?
Il y a une réelle contradiction entre notre représentation de l'habitat (vivre à la campagne = protection de l'environnement) et le réel impact de cette politique sur l'environnement (étalement des villes = agrandissement des distances = problème des transports = moins bonne rationalisation des services = plus grande consommation d'énergie).
La période actuelle est totalement inédite dans l'histoire des villes. Nous assistons à une transformation radicale des liens formant une société. La société change désormais plus vite que l'espace.
Des facteurs nouveaux sont désormais à intégrer en matière d'urbanisme :
- Une mobilité toujours plus importante.
- Une prise de conscience des contraintes environnementales.
L'enjeu désormais est d'occuper l'espace autrement, de rationaliser les modes de déplacement et de construire, autour du développement durable, un projet collectif urbain.
Tout cela en intégrant un nouveau phénomène, celui de la grande ville.
En savoir plus
- cnrs.fr : L Homme et l Avenir de la planète, Maison de la Chimie de Paris, 17 mai 2006
- avenirplanete.com : Site du forum " l homme et l avenir de la planète "
- generali-avenir.com : Generali a parrainé la seconde rencontre "Grand Angle sur l Avenir" qui s intitulait "L homme et l avenir de la planète".
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